Dans l’œil du cyclone

Irma le plus gros cyclone jamais enregistré par le centre américain NOAA est en cours de formation dans l’Atlantique mais hélas personne ne le sait encore. Un monstre d’une puissance destructrice inégalée se forme lentement mais sûrement. Sa traversée est lente mais continue et va inexorablement atteindre nos côtes. Rien ni personne ne pourra l’arrêter.

Saint-Barth, rentré depuis à peine quelques semaines de notre voyage d’un an en Amérique du Sud, nous voici confronté à la dure réalité de la vie à Saint-Barth, trouver un logement décent et à un prix abordable mais surtout qui convienne à notre famille.

Après un tel voyage, on en revient changé. Un glissement de nos priorités s’est fait clairement ressentir. Notre famille, le cocon familial reprend ses droits en 1ere place. Vivre 1 an, 24h/24 les uns avec les autres nous a redonné un nouveau souffle. Une leçon de vie autant pour les parents que pour les enfants.

Dès lors, au fur et à mesure que les jours et les heures passent, aucun logement ne se libère qui rencontre nos réelles attentes. Que faire? Attendre encore et encore?! Au final nous nous rendons compte que cela ne fait que repousser l’échéance pour peut être ne rien trouver.

Nous prenons donc la décision de quitter l’île de Saint-Barthélemy, un peu à contre-coeur, contraint et forcé mais qu’importe, nous nous devons de préserver notre cocon. La rentrée des classes arrive à grand pas, mais sans logement stable pour les enfants, nous estimons qu’il ne s’agit pas de la meilleure configuration.

Nous réservons donc nos billets retour pour la Belgique, retour prévu le 07 septembre 2017. Une fois le choix fait, les choses s’accélèrent car il faut inscrire les enfants à l’école, retrouver un logement, et reconstruire une stabilité. Cette option nous paraît plus jouable que de rester à Saint-Barth.

L’Univers, notre conseillé, nous confirme que nous avons pris la bonne décision.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres dit le dicton. La maison d’un proche se libère à cause d’une chute malencontreuse du grand-père et l’école à proximité acceptent de prendre les enfants malgré une rentrée tardive.

Irma quant à lui continue à se former. À chaque instant, il se renforce. Sa pression tombe, les vents augmentent, le monstre enfile doucement son manteau destructeur.

Au vu des évènements météo et de la situation à Saint-Barth qui ne se débloque pas, nous décidons de tenter un départ anticipé.

Le cyclone Irma s’approche de notre île et sa trajectoire ne fait plus de doute, nous serons dans l’œil du cyclone. Il est annoncé en catégorie 5 et puis 5+. Personne n’y prête attention à ce 5+.

À ce moment là je dis à Séverine : »chérie, d’un point de vue curiosité je resterais bien pour voir ce que fait un ouragan catégorie 5 mais sachant les dégâts que cela peut causer, je préfère tout de même que nous fassions le maximum pour quitter l’île »

Ce que nous faisons!!

Hélas, là nous nous heurtons à une ineptie monumentale. Du jamais vu. Les compagnies aériennes locales refusent toutes modifications de billets tant que le préfet de Guadeloupe n’a pas déclaré l’alerte Rouge.

Impensable alors que toutes les stations météos confirment la trajectoire de l’ouragan, aucune compagnie ne veut anticiper l’arrivée de l’ouragan et par conséquent l’évacuation des populations désireuses de partir.

IMG_0028.PNG

Les modifications peuvent être prises en compte mais uniquement comme étant des désidératas des voyageurs et non comme une conséquence de l’ouragan. Les modifications sont donc chargées au prix fort. Dans notre cas, un surcoût de près de 1200€!!

Notre routing était saint-barth – pointe-a-pître – Paris.

L’ouragan lui confirme toujours sa trajectoire sur Saint-Barthélémy et Saint -Martin. Laissant un peu de champs à la Guadeloupe.

Il n’y avait donc aucune raison, voir aucune chance que le préfet de Guadeloupe ne déclare l’alerte rouge.

Que faire si votre lieu de départ est en alerte rouge mais pas le second tronçon?

Que dès réponses évasives. Personne ne veut engager sa responsabilité à ce moment précis alors que les américains, eux, commençaient, préventivement à évacuer déjà la population de Miami.

Après discussions avec l’agence de voyages, nous réussissons à trouver un créneau pour quitter l’île la veille du passage de l’ouragan. Nous voilà donc en route pour l’aéroport ce Lundi 04 septembre 2017 pour un décollage prévu à 14:45 pour pointe-a-pître. L’enregistrement est fait, il est 14:25, météo France fait passer l’alerte ouragan au niveau orange mais les conditions de vols sont toujours bonnes.

Et la, coup de théâtre, un agent de la compagnie nous annonce que tous le vols de l’après-midi sont annulés. Impensable.

Les pilotes sont en droit de refuser de voler si ils estiment que les conditions de vols ne sont pas bonnes lorsque le niveau d’alerte orange est déclaré.

Cyclone_Plan_de_Mise_en_Securite

Toutes les autres compagnies elles, assurent leurs rotations vers Saint-Martin mais les vols en provenance de Guadeloupe, eux sont annulés.

Nous n’avons pas d’autres choix que de se préparer à vivre un des moments les plus pénibles, des plus difficiles de notre vie. Nous allons devoir affronter l’ourangan Irma, classé Catégorie 5+.

Ayant déjà fait face à plusieurs ouragans, nous prenons les devants et faisons nos courses en conséquences. Nous serons coupés d’eau, d’électricité et du gaz. Nous devons donc prévoir et faire nos achats en fonction de ces paramètres. Nous avons prévu de faire des quiches, un plat de pâtes froides et autres salades froides à l’avance. Profitons du fait que nous avons encore un peu de temps avant l’arrivée de la tempête pour nous préparer correctement. Nous avons également fait le plein d’eau minérale. Nous avons 48 litres d’eau dans la maison. Nous remplissons également, de grand sceau d’eau, de casseroles et les petits sceaux d’eau des enfants avec de l’eau! Non pour boire mais pour les toilettes.

Voilà nous sommes fin prêt. Pendant cette attente, nous prévenons les enfants que la nuit sera très agitée, très bruyante, qu’il y aura sûrement des objets qui vont tomber sur la toiture, les volets vont faire du bruit et qu’il y aura beaucoup de pluie et de vent. Les voilà au courant de ce qu’il va se passer.

Nous couchons les enfants, et Séverine et moi restons aux aguets. Nous veillons. Au fur et à mesure que les heures passent, nous nous relayons pour dormir. Si l’un s’endort, l’autre veille. Nous scrutons les volets, les fenêtres, nous veillons. Chose à savoir et qui nous a peut-être sauvé la mise,

nous avons laissé les baies vitrées ouvertes d’un quinzaine de centimètres afin d’équilibrer la pression atmosphérique de la maison avec celle de l’ouragan.

Cette différence de pression pourrait faire exploser la maison comme un œuf.

Au fur et à mesure que les heures passent Irma se rapproche et se fait de plus en plus menaçant. On entend des objets se fracasser sur la toiture, les volets cycloniques commencent à battre la chamade dans une démesure folle. Ils bougent tellement qu’on dirait qu’ils vont briser les baies vitrées, on a jamais vu des volets se plier si fort sous la pression. L’eau de pluie se faufile sous les volets et bouillonne comme dans une casserole à pression. Nos oreilles sifflent et se bouchent, et commencent à faire mal. C’est comme être brutalement propulsé à 20m sous l’eau.

Nous nous réfugions près des enfants qui étrangement dorment à point fermés. Et soudain Néoh se réveille et se protège les oreilles du bruit et de la pression. Il ne va pas bien. Il s’inquiète mais maman le rassure et il se calme. Nous rapatrions de l’eau et de quoi grignoter dans la chambre lorsque tout à coup, nous nous apercevons que le lit est légèrement humide! Mais d’où vient cette eau?

Nous levons les yeux au plafond et là, un scénario d’horreur commence à se former

Des gouttes commencent à tomber du plafond et soudain de plus en plus rapidement, ça devient un filet d’eau et puis 2 et puis 3, 4 5 filets, nous réveillons les filles en urgence, et les propulsons dans la salle de bain, nous jetons les matelas et les oreillers également, nous courons prendre nos provisions et nos documents d’identité. Nous nous réfugions dans cette pièce de 4m², la peur au ventre que le toit ne se fasse arracher.

Le bruit devient terrible et insoutenable. Nous resterons là jusqu’au passage complet du monstre.

Le calme revient petit à petit, les enfants se réveillent, nous sommes épuisés.

Nous attendons encore et encore et puis nous décidons d’ouvrir prudemment la porte d’entrée et là, c’est l’horreur, c’est la désolation, tout est détruit. Notre vidéo Youtube.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.